L’électrophone

Un soir, j’ai dîné avec Mathieu, le fils de Léo Ferré. Ce n'était pas Léo Ferré. Gonzalo Iglesias, cousin bien-aimé de ma grand-mère Angèle, ressemblait à Léo Ferré. Il l'écoutait souvent sur la chaîne hi-fi de son salon, volume poussé pour envahir toute la maison. Mais ce n'était pas Léo Ferré non plus.

À vingt ans, il était amoureux de sa cousine, Angèle, la mère de ma mère. La belle Angèle. Brune aux yeux bleus, intransigeante et intelligente. Elle avait beaucoup dansé à l'Alcazar, à la Benauge, malgré le couvre-feu, pendant la guerre. Quand j'étais enfant, elle écoutait parfois un 33 tours de Julio Iglesias.

Puis elle a cessé d'utiliser son électrophone. Le goût de la musique peut vous quitter. Vous êtes prévenus.

À Andernos, par un juillet brûlant, Angèle s'acharna à m'apprendre comment poser des divisions. Je préférais déjà lui écrire des poèmes.

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