Toutes directions

En descendant de Luz-Saint-Sauveur, nous arrivons à Lourdes. A l’entrée de la ville, planté près d’un vague carrefour, un panneau de signalisation routière a l’air contrit. Il indique : “Toutes directions”.
De nombreuses personnes affirmaient : “Tous les chemins mènent à Rome”. A présent, ce seul panneau, ce panneau seul, verticale colonne de métal, pointe son arrogance dans toutes les directions. Un seul chemin mène alors dans toutes les directions. Une voie peut-elle être plurivoque?

Engagés dans cette direction, dans ces directions, dans toutes les directions. Au rond-point, comme le conseille un panneau publicitaire, nous devons faire le tour du rond-point par la droite, au trois-quart, pour rejoindre deux cent mètres plus loin un restaurant gastronomique américain peint en rouge. Nous ne nous arrêtons pas. J’aperçois de la cabine un autre panneau seul qui s’obstine aussi à orienter dans toutes les directions. La ville est vallonnée, nous montons puis redescendons, petite rue à gauche, rond-point contourné à demi par la droite puis nous apercevons la gare. Un peu plus loin, une rangée d’hôtels, quelques boutiques.

Le tournis. L’orientation dans toutes les directions nous fait perdre le nord. Nous errons sans but, sans objectif, sans plan de carrière, sans destin, sans destination, sans intention, sans élan, sans programme, sans contrat, sans convention, sans filet, sans assurance, sans garantie, sans certitude, sans lendemain.

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