L’échappée

Un jour clair. Rivière de méandres. Le corps échappe et court devant. Court sur les mains. Court sur la tête. Une fête improvisée. Une danse imprévisible. Attendue. Désirée. Du rouge, du vert. L’un avec l’autre. Une colline sous une maison, point blanc dans le ciel. Les pas. Ici. Et là. Empreintes déposées sur la peau souple du lit sombre de la rivière. Elles resteront jusqu’à la marée, qui les effacera, et ce soir recommencera.

Ici, l’oubli s’éteint. La mémoire s’ouvre et s’inonde. Les remous brassent et happent. Ils chantent. Les branches ont des muscles de danseuses. Les feuilles cymbales chuchotent des prénoms. C’est un jour et c’est une nuit, c’est le réel, et un rêve aussi grand qu’un arbre.

Les voix se mêlent à la lumière. À la nuit, aux feuilles, à la rivière.

La clarté demeure dans le trouble. Tout s’ouvre et se déploie. Les raisons se taisent enfin. Et le présent entre en scène. Il forme un gué entre les corps allongés sur les herbes longues. Advient l’échappée où tout dit est possible, même ancré, même enfoui dans la vase des nuits de mort.

Le souffle circule sans résistance. La révolte est parfois un moment unique au bord d’une rivière. Partagé. Acuité au vide, à l’absence de l’autre. Refus de l’absence de soi à soi. Voix corps. Amour des signes. Capacité à marcher sur un fil. Art de la chute. Visions. Larmes. Ombres. Tant se dissout. Et tant se construit.

Le sens, les sens tissent un vêtement ajusté telle une danse sur le corps. L’écho des tempêtes se tait. Un jour, nous irons à Andernos et nous ferons revivre cette première rencontre.

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Odessa, 1985